9 ans.
C’est le temps qu’il a fallu pour que le marché se mette en marche.
Pendant près de soixante-dix ans, la règle n’a pas bougé. Depuis l’ordonnance de 1945, le capital d’un cabinet d’expertise comptable devait appartenir aux experts-comptables eux-mêmes : ils en détenaient au moins les deux tiers, et jusqu’aux trois quarts selon la forme de la société, droits de vote compris.
En 2014, une ordonnance supprime une seule condition, celle relative à la détention du capital. Ne subsiste que le verrou des deux tiers des droits de vote. Ce que cela autorise est considérable : un investisseur extérieur peut désormais détenir une part majoritaire du capital d’un cabinet, dès lors que les professionnels conservent le pouvoir de décision. La porte est ouverte.
Et pendant neuf ans, presque personne ne la franchit. La raison est simple : une possibilité juridique ne crée pas de marché. Il manquait des raisons économiques pour entrer.
Elles se sont réunies entre 2021 et 2023, et ce sont elles, et non le droit, qui expliquent la séquence actuelle. D’abord, un écart de prix : un cabinet se cède autour d’une fois son chiffre d’affaires à un confrère, et de six à dix fois son excédent d’exploitation à une plateforme adossée à un fonds. Cet écart n’est pas une prime de qualité, il est acquis à la signature.
Ensuite un effet d’échelle : la production comptable s’automatise, l’outil, la donnée et l’intelligence artificielle deviennent des coûts fixes, et un cabinet de trois millions d’euros ne finance pas ce qu’un groupe de cent millions amortit.
Le résultat est brutal dans son rythme. En neuf ans, une vingtaine d’opérations. En dix-huit mois, plus de quatre-vingts. La profession a basculé en deux exercices.
Notre lecture des années qui viennent tient en deux mouvements. Le premier est acquis : la consolidation va se poursuivre, et cela ne dépend plus des conditions de marché, puisqu’une dizaine de plateformes disposent de programmes d’acquisition déjà financés qu’elles n’ont pas encore engagés.
Le second se joue maintenant : le tri se fera par l’horizon. Plusieurs cessions de grandes plateformes ont été abandonnées ou suspendues en 2026, sur des marchés en avance de dix ans sur le nôtre, faute d’acquéreur acceptant le multiple de l’ensemble. Ce qui se referme n’est pas la consolidation, c’est la sortie facile. Cela sépare les investisseurs contraints de vendre de ceux qui peuvent accompagner.
Nous avons créé Scale Up Capital sur cette conviction, avant que le marché ne la valide : entrer en minoritaire, aux côtés des experts-comptables, avec un horizon compatible avec le temps long de la transmission, et préparer le relais interne plutôt que l’absorption. Ce que nous avions anticipé est en train de se produire, et nos opérations le confirment.
Nous détaillerons ces analyses lors des rendez-vous de la rentrée, dont l’agenda figure en fin de lettre.
Bonne lecture !
La financiarisation n’a pas fermé la porte, elle en a changé la serrure.
Valentin Tonti-Bernard, fondateur de Liberall Conseil et animateur du podcast Exco, l’une des voix les plus suivies de la profession, a récemment posé une question qui la traverse : la financiarisation a-t-elle refermé la porte de la transmission interne des cabinets ?
Le diagnostic est difficile à contester. Pendant des décennies, la transmission se faisait de l’intérieur : les jeunes associés rachetaient les parts des fondateurs partants, par crédit-vendeur et montée au capital étalée dans le temps. Le mécanisme reposait sur une condition unique, un prix finançable sur les cash-flows du cabinet. Elle a sauté. En faisant basculer la référence de valorisation du droit de présentation de clientèle vers un multiple d’excédent d’exploitation couramment supérieur à cinq fois, l’arrivée des fonds a porté le prix hors de portée du successeur interne.
Le constat est juste. C’est la conclusion qui mérite d’être rouverte.
Ce raisonnement vit tout entier à l’intérieur d’un binaire : vendre à un consolidateur, avec la sécurisation patrimoniale immédiate, mais aussi l’intégration dans un groupe et la dilution de la gouvernance ; ou transmettre en interne, en préservant l’indépendance, sans plus pouvoir la financer. Il ne tient que si l’on admet ses deux hypothèses implicites : que le capital ne peut entrer qu’en qualité de majoritaire, et qu’il ne peut sortir que vers un tiers. Les lever fait apparaître un troisième terme.
Le fonds comme passage, non comme sortie
C’est la voie que nous portons avec les fonds Experts Génération. Le capital y entre en minoritaire, aux côtés des experts-comptables en place, avec un mandat explicite : créer de la valeur pendant la durée du portage, puis organiser le relais interne. Le fonds ne se substitue pas à la génération suivante, il la prépare et la finance. La différence avec le modèle de consolidation n’est pas de degré mais de nature : l’horizon n’est pas l’absorption dans un groupe, c’est la sortie du fonds au profit des associés du cabinet lui-même.
Le dispositif s’articule en trois temps. Une entrée minoritaire encadrée par un pacte d’associés qui sécurise les droits de l’investisseur sans jamais franchir le seuil qui compromettrait l’indépendance du cabinet. Puis une phase de création de valeur conjointe, où se fabriquent à la fois le rendement de l’investisseur et la finançabilité du relais : croissance organique, acquisitions ciblées, gains de productivité, montée en gamme des missions et fidélisation des talents. Enfin, le rachat de la participation du fonds par la nouvelle génération d’associés, rendu soutenable par la valeur créée en amont et lissé par une ingénierie adaptée : crédit-vendeur, tranches, earn-in, horizon de portage aligné sur le temps long de la transmission.
Un rendement qui finance la relève au lieu de la remplacer
Le rendement de l’investisseur ne provient ni de la compression du cédant, ni d’une revente forcée à un tiers : il provient de la création de valeur. Or ce qui rémunère l’investisseur est précisément ce qui rend le relais finançable, c’est-à-dire la croissance du cabinet. Le cédant sécurise une part de sa valeur dès l’entrée et pilote sa sortie plutôt que de la subir. La génération suivante hérite d’un cabinet plus rentable et plus bankable : sa capacité de financement n’est pas supposée, elle est construite. Et la profession conserve un cabinet indépendant de plus.
Cet alignement est aussi inscrit dans le droit. La profession est réglementée : inscription à l’Ordre, deux tiers des droits de vote détenus par les professionnels. Une entrée minoritaire épouse ce cadre au lieu de le contourner, là où les montages majoritaires doivent composer avec des architectures de holding. L’indépendance n’est donc pas une promesse, elle est une conséquence du montage.
Le point que l’on ne peut pas éluder
Il reste une objection, et l’honnêteté commande de la nommer. La valeur créée pendant le portage renchérit le prix que devront payer les repreneurs : la troisième voie n’échappe pas à l’inflation des multiples, elle en fait un actif. À une condition, que la croissance du cash-flow disponible dépasse la hausse du prix et que la sortie étale l’effort dans le temps. Sinon, on retombe dans l’impasse décrite plus haut. Ce n’est pas un détail d’exécution, c’est la discipline même du modèle.
La financiarisation n’a donc pas fermé la porte de la transmission interne. Elle en a changé la serrure : la clé de l’auto-financement générationnel ne fonctionne plus. Avec le bon partenaire, minoritaire et créateur de valeur, le relais redevient possible, et le cabinet en ressort mieux capitalisé qu’il n’y est entré. La vraie question n’est plus « transmission interne ou financiarisation ? », mais : quel capital, à quelles conditions, au service de qui ?
Analyse de l’activité M&A et tendances (juin, juillet et août 2026)
Le 20 juillet, CFNEWS a publié les termes du premier LBO d’Impulsa avec Activa Capital. Le cabinet parisien réalise 20 M€ de chiffre d’affaires, avec une marge d’EBITDA comprise entre 15 et 20 %. L’opération est valorisée entre 35 et 40 M€, avec une unitranche d’Apera de 20 M€ dédiée aux acquisitions. Cette valorisation s’explique par le positionnement. Impulsa ne se présente pas comme un cabinet de tenue comptable mais comme un guichet unique comptable, financier, RH et juridique, doté d’une structure d’avocats depuis 2023.
Le volume d’opérations et la logique de plateforme
Selon la mise à jour publiée par Accountancy Europe en juillet 2026, le secteur comptable européen est passé de 43 opérations de private equity en 2022 à 385 en 2025, et 131 ont déjà été recensées au cours des quatre premiers mois de 2026.
Le premier semestre français confirme la logique de plateformisation. Endrix est passé de 100 à 140 M€ de chiffre d’affaires avec cinq rapprochements, et Archipel a sécurisé 65 M€ de dette unitranche auprès d’Eurazeo. La presse professionnelle recense plus de vingt opérations sur le semestre.
Quatre faits marquants à retenir
1. Emargence puis Impulsa. Emargence donnait la tendance au premier trimestre, à environ 1,5x le chiffre d’affaires ; Impulsa se situe à 1,8x à 2,0x.
2. Qonto s’officialise sur le marché comptable. Le 2 juillet 2026, Qonto a annoncé la reprise des actifs d’Acasi, cabinet d’expertise comptable en ligne placé en redressement judiciaire le 31 mars.
3. Le cadre de la facture électronique est bouclé, et le vocabulaire a changé. La « plateforme de dématérialisation partenaire » devient la « plateforme agréée » ; le portail public se limite désormais à l’annuaire central et à la remontée des données à l’administration. Le calendrier n’a pas bougé : réception obligatoire pour toutes les entreprises depuis le 1er septembre 2026, émission à cette même date pour les grandes entreprises et les ETI, au 1er septembre 2027 pour les PME et les TPE.
4. L’écart entre usage déclaré de l’IA et déploiement réel. Le baromètre Qonto x Ifop relayé en juin 2026 indique que 92 % des experts-comptables déclarent utiliser des outils d’intelligence artificielle, mais que 25 % seulement font état d’un usage généralisé à l’échelle du cabinet. Cet écart devient un critère de sélection dans les opérations d’acquisition.
Parmi nos opérations récentes: Groupe Numéral, juillet 2026.
Les fonds Experts Génération, gérés par Scale Up Capital, sont entrés en minoritaire au capital du Groupe Numéral, implanté dans l’Aube, la Marne et la Haute-Marne, qui compte près de 60 collaborateurs pour 4,5 M€ de chiffre d’affaires. Trois priorités ont été arrêtées avec les associés : le conseil à forte valeur ajoutée, la transformation digitale et le passage à l’échelle régionale par croissance externe.
Pour en savoir plus : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7485936773832040448
Sources de la période : CFNEWS, 20 juillet 2026 (Impulsa) ; Accountancy Europe, mise à jour de juillet 2026 sur le private equity dans le secteur comptable européen ; Impulsa, site officiel, pages « Le groupe Impulsa » et offres, consultées le 25 août 2026 ; Le Monde du Chiffre, 2 juillet 2026 (Qonto et Acasi) ; Légifrance, décret n° 2026-677 et arrêté du 27 juillet 2026, publiés au Journal officiel du 28 juillet 2026, et PwC Société d’Avocats, alerte du 28 juillet 2026, pour les délais de mobilité entre plateformes ; Compta Online, panorama des opérations du premier semestre 2026 ; baromètre Ifop pour Qonto relayé le 21 juin 2026 ; Scale Up Capital, veille sectorielle de février à août 2026, pour la référence de 0,8x à 1,3x du chiffre d’affaires.
À vos agendas : plusieurs occasions de nous rencontrer !
La rentrée s’annonce riche en rencontres. Dans les prochaines semaines, l’équipe de Scale Up Capital sera à Toulouse, Lyon, Nice et Bordeaux, à l’occasion de plusieurs temps forts dédiés aux professionnels de la gestion de patrimoine. Autant d’occasions de prendre le temps d’échanger, de partager nos convictions et de vous présenter nos actualités ainsi que nos solutions d’investissement.
17 septembre · Toulouse
Déjeuner d’affaires Club Experts OCCUR, au Bibent, place du Capitole. Un format en comité restreint, propice aux échanges directs sur le marché et nos convictions d’investissement.
29 septembre · Lyon
Dîner chez NOSCH aux côtés de Carmignac Gestion, en ouverture de la séquence PATRIMONIA.
30 septembre et 1er octobre · Lyon
PATRIMONIA 2026, au Centre de Congrès de Lyon. Toute l’équipe vous accueille sur le stand J69.
8 et 9 octobre · Nice
La Rencontre OCCUR, au Château de Crémat. Deux journées consacrées aux échanges entre professionnels et au partage d’expériences.
19 novembre · Bordeaux
La Rencontre OCCUR, au Château Grattequina. Dernière étape de la série, avec les partenaires de la région.
Vous souhaitez profiter de l’un de ces rendez-vous pour rencontrer notre équipe ? Contactez-nous pour organiser un moment d’échange.
L’équipe Scale Up Capital
Communication d’information de Scale Up Capital, société de gestion agréée par l’AMF. Ni offre, ni conseil, ni recommandation, ni sollicitation de souscription. Les multiples calculés dans cette lettre sont établis à partir de données de presse publiques et ne constituent une indication de valeur pour aucun cabinet en particulier, ni une indication du prix que les fonds gérés par Scale Up Capital seraient susceptibles de proposer. Tout investissement en capital-investissement comporte un risque de perte en capital et une liquidité limitée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.